Carte blanche à
Pierre Dumoulin
Je suis un « vieux » délégué de l’Admd ! J’ai adhéré en 2000, dans le département des Landes où j’habite depuis la retraite, et dans lequel à l’époque il n’y avait que fort peu d’adhérents (une cinquantaine me semble-t-il). J’ai connu l’Admd par les Crématistes dont je fais partie. Je suis délégué pour les Landes depuis 2001, soit un an après y avoir adhéré. Je me suis engagé pour défendre l’idée, pas encore acceptée par la loi, de l’aide active à mourir. Mon cheminement fut simple : la fin de vie de mon grand-père avait déjà ancré dans mes convictions l’idée qu’il arrive un moment où l’on doit pouvoir, me disait-il, « poser ses valises et s’arrêter là… ». Notre délégation ayant une activité quasiment inexistante à l’époque, nous participions avec une poignée de Landais aux rencontres de la délégation Côte-Basque, et c’est là que des amis militants m’ont poussé à prendre rapidement la responsabilité de la délégation pour les Landes. Je me suis alors fixé le but d’1 adhérent pour 1 000 habitants dans le département. Celui-ci en comptant environ 410 000, faisons le calcul : nous en sommes à 440 cotisants au dernier listing. Ce résultat m’amène à regarder en arrière, et je mesure notre évolution. Les débuts furent réfléchis : réunion publique à Dax pour informer du réveil de la délégation, diffusion de documentation lors des forums associatifs où nous avions déjà nos entrées. C’est là que j’ai pu rencontrer quelques militants déterminés qui se sont mobilisés sur leur secteur géographique. Ce noyau actif s’est renforcé et renouvelé au cours des années. Il faut remercier ces militants car sans eux rien n’aurait été possible : même faiblement peuplé, notre département est très étendu ! ! !
Mais avant tout, l’évolution est palpable au niveau de l’intérêt que la population locale porte à notre association : en effet, excepté ceux de nos quelques villes de petite et moyenne importance, la majeure partie des habitants des Landes vit dans la ruralité (tout comme moi), mais nous aurions bien tort de penser qu’ils occultent l’actualité sociétale. Au début, les visiteurs s’approchaient timidement de notre stand lors des forums ; depuis plusieurs années maintenant, ils nous « trouvent », même si nous sommes placés entre le club de rugby et les Chœurs de l’Adour !
Ce sont là assurément les retombées d’un travail incessant pour nous faire connaître auprès de tous, à coup de tractages, de rencontres et de contacts avec les élus dont la présence attire le public lors de nos réunions. Ceci ne peut se faire sans la presse locale : un article dans Sud-Ouest, l’annonce d’une action sur France Bleu Gascogne ou sur Radio-Grands-Lacs nous valent de nombreux appels et demandes de contacts. Il s’agit souvent d’adhérents lointains qui font état de grands besoins d’information, d’aide aux démarches, administratives et autres : les directives anticipées par exemple. Là aussi, faisons le constat : ils ne craignent plus maintenant de parler de nous autour d’eux, et diffusent notre documentation ; le sujet n’est plus tabou…
Avancées également significatives : des groupes d’élèves ou étudiants (second degré, enseignement supérieur et IUT) nous appellent pour interventions et débats, avec approbation de leurs encadrants. Les échanges nous permettent bien des mises au point. Dans cette orchestration stratégique visant à toucher un maximum de gens, nous comptons beaucoup sur l’aide des personnels et bénévoles du siège, qui nous apportent conseils, soutien, et supports médiatiques ; nous les en remercions. Grand merci à Admd-Ecoute, relais incontournable et efficace, et aux jeunes de l’#AdmdTour.
Malheureusement cette évolution positive dans les esprits n’est guère suivie par la législation : notre combat n’est pas terminé, loin s’en faut. Combien d’espoirs déçus avons-nous assumés, même s’il y a eu quelques avancées ; entre la loi Kouchner (2002) qui instaurait le droit de suspendre les traitements, et les lois Leonetti (2005) et Claeys-Leonetti (2016), tout n’est que piétinement. Alors, il nous faut continuer ce combat.
Pour gagner, nous avons besoin de tous. Même si parmi nous il y a parfois des divergences, nous nous battons pour le même objectif et devons avoir une action collective ; l’étalage de quelques dissensions ne pourrait que profiter à nos adversaires. Et cette année, si notre engagement à tous était récompensé par une loi qui permettrait à chacun d’accéder s’il le désire à une « bonne mort » ? Et si on osait y croire ?

