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Pierre Juston réagit aux propos du Pape Léon XIV contre l’aide à mourir

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Publié le
29 septembre 2026
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Bien qu'il soit en décalage complet avec l'immensité des catholiques français, le pape à tout à fait le droit d'exprimer ses idées et le dogme de l'église qu'il représente. 

Mais, il devra souffrir des lois françaises sur son territoire souverain, notamment celle de la liberté d’expression qui n’est pas à sens unique malgré les moyens colossaux déployés pour qu'il vienne délivrer notamment son point de vue.

Revenons donc sur chacune de ses déclarations à Lourdes.

D’abord, aucune « loi humaine » ne fait et ne fera perdre la "certitude" de la dignité à personne. Les lois fin de vie votées cette année en France qu’il vise dans son propos font tout le contraire. Elles permettent justement de respecter la conception personnelle de la dignité de la personne qui est concernée. Pas celle d’une religion et de son interprète dans le monde des hommes. 

Cette conception hémiplégique de la notion de dignité est le fruit du discours naturaliste de tous les dogmes religieux qui cherchent à s’imposer à toutes les consciences et non seulement se partager. Oui, chaque être humain, par le seul fait d’être un être humain est détenteur de cette dignité. Mais oui également, un être humain peut considérer que sa dignité est entachée selon la conception qu’il a de celle-ci lorsqu’il se trouve dans une situation extrême. Il en va ainsi de la distinction à faire entre les deux dignités qui coexistent parfaitement dans notre droit moderne, dans le monde des hommes. Elles irriguent tous nos droits fondamentaux et nos libertés publiques.

Quant à la « compassion », que penser de cette « fausse compassion » qui consiste justement à imposer une conception de la dignité contre la volonté même de la personne qui demande simplement le respect de ses dernières volontés ? Quelle est cette étrange compassion qui consiste à imposer une mort affreuse à un être humain contre son gré dans le seul but de faire primer sur sa propre liberté et sur sa souffrance, un dogme religieux ? Elle n’est qu’un paternalisme malsain qui vient ici nier à la personne humaine tout libre arbitre et qui fait peu de cas de l’amour que l’on doit à son prochain. 

Je ne m'abaisserai pas à estimer que le chef de l'Etat du Vatican agit par « fausse compassion » lorsqu’il rencontre les associations de victimes de la pédocriminalité de cadres de l’association cultuelle mondiale dont il est le souverain. Nous pouvons être en désaccord et en débattre autrement que par des procès d’intention. 

Oui, ce qui est légal n’est pas forcément moral. Mais la morale d’une église - qui n’est pas LA morale -  ne fait plus loi dans notre pays depuis maintenant de nombreuses années. La foi ne fait pas loi. Et les lois humaines s’appuient sur une morale différente de celle de l’église dans bien des domaines, et fort heureusement. Il arrive parfois que ces deux morales se rejoignent, parfois non. La morale religieuse n'est plus aujourd'hui, en aucun cas, le fondement de la légitimité et de la légalité d'une norme juridique.

Nos lois humaines font autorité sur l'ensemble des citoyens. Les morales religieuses ont en revanche toute légitimité d'être traitée comme n'importe quelle idée dans le débat public. Dans ce cadre, elles ne sont titulaires d'aucune nature sacrée qui leur confèreraient une pertinence plus ou moins forte que d'autres idées.

Mais que dirait le pape si le président de la République française s’exprimait régulièrement au nom de tous les Français pour débattre d’un point de théologie ou de droit canon, estimant que tel ou tel point relève de l’immoralité et de l’anormalité ? Par exemple, les nombreuses discriminations opérées aujourd’hui toujours par un dogme catholique et qui ont pour conséquences très concrètes de nier la dignité de telle ou telle personne dans le monde des hommes ? 

Et puisque le pape a déclaré son amour de la culture et du savoir-faire français durant son séjour, il pourra se souvenir de la sagesse de Victor Hugo, dont le propos de 1850 sera sans doute plus impactant et efficace que les rappels précédents : "Je veux, je le répète et je le résume en un mot. Ce que voulaient nos pères : l'Eglise chez elle, l'Etat chez lui"

 Pierre Juston
Administrateur de l'ADMD, chargé des sujets liés à la laïcité

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