Peut-être le hasard - Agathe Charnet
Peut-être le hasard d'Agathe Charnet aux Editions Les Corps Conducteurs | février 2026
Ce récit raconte la vie d'avant et la vie d'après de Marie-Pierre, professeur de philosophie, qui à l'aube de ses cinquante ans reçoit un diagnostic terrible : elle est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzheimer. Commence alors un long chemin tortueux et éprouvant, au cours duquel l'autrice, sa fille, alterne des passages sur le passé parsemé de regrets, le présent désormais difficile et l'avenir incertain.
Le roman est construit en courts chapitres faits de "peut-être", œuvres du hasard ou œuvres du destin. Ces chapitres retracent la vie de Marie-Pierre, de sa jeunesse fougueuse et engagée, artistique, pleine d'ambitions, à une vie maritale où elle s'efface, où elle se met en retrait pour laisser la place à la carrière de son mari, à l'éducation de ses enfants, à la tenue du foyer. A l'aune du diagnostic dramatique, l'autrice revient sur la vie passée de sa mère, lui rend un hommage plein de reconnaissance, et lui redonne la place d'artiste, d'intellectuelle, de femme, qui est la sienne. L'évocation de ces souvenirs teintés de regrets est une manière, peut-être, de rendre compte de la fugacité de la vie et de la nécessité de la vivre pleinement, de ne pas étouffer ses envies et ses ambitions au profit de celles des autres.
Entre ces flashbacks s'organise, tant bien que mal, la nouvelle vie. Vie de malade pour Marie-Pierre, dont le mal qui la ronge évolue inéluctablement. Vie de déni dans un premier temps pour la narratrice, qui tente de repousser le moment où il faudra prendre le problème à bras le corps, qui essaie de sauvegarder un semblant de quotidien malgré le tremblement de terre de l'annonce et des premiers symptômes. Vies conjointes d'aidante et d'aidée, enfin, à marche forcée, avec toutes les errances et les interrogations associées.
Le récit d'Agathe Charnet est dur et cru, il n'épargne pas le lecteur. Il donne à voir la réalité d'une fin de vie avec Alzheimer, sans rien adoucir, pour la personne malade, mais aussi pour les proches, qui sont mis à rude épreuve. Agathe Charnet évoque sans fard la dichotomie de ses sentiments et de ceux de ses proches qui veulent faire de leur mieux mais qui s'épuisent, qui voudraient que tout s'arrête, et que rien ne s'arrête. Une volonté, sans aucun doute, de rendre compte, de témoigner, le plus sincèrement possible, de cette lente descente aux enfers qui touche la famille entière.
La mission de donner au lecteur une idée de cette expérience est pleinement remplie, on éprouve dans son être les errances, les remises en question, les recherches de solutions, l'amour et la haine tout à la fois, l'envie de tout donner à cette mère qui nous a tout donné et l'envie de fuir le plus loin possible sans jamais se retourner. Et pourtant, jusqu'au bout, elle accompagnera sa mère dans la maladie, et lui apportera un départ à la hauteur de sa vie de jeune femme, pleine de tendresse, de musique, de chaleur humaine.
✒️ Alexandra Durand

