EDITORIAL
L'Assemblée nationale a voté en deuxième lecture, le mercredi 25 février, les textes relatifs aux soins palliatifs et à l’aide à mourir. Ce fut un vote extrêmement important car il vient confirmer que la voie d’écoute et d’accompagnement jusqu’au bout pour toutes les personnes malades et qui font face à de grandes souffrances est possible. Mais le chemin est encore long… Nous nous y sommes habitués depuis 46 ans, me direz-vous.
Ces deux textes vont revenir au Sénat prochainement, où j’espère un débat plus respectueux que lors de la précédente navette parlementaire. Alors il nous faudra encore nous mobiliser, faire entendre la voix de celles et ceux qui aspirent à une grande loi de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité dans l’accompagnement en fin de vie. Car plusieurs lectures seront encore nécessaires pour aboutir à un vote définitif (que nous espérons avant l’été), nous ne devrons jamais baisser les bras et ne pas laisser glisser le débat vers une pente vertigineuse où les mensonges surplombent la vérité d’un texte, où les oppositions débitent les pires ignominies et outrances, souvent à propos de notre association.
Ces opposants pensent détenir la vérité universelle. Ils veulent nous l’imposer. Nous non. Nous respectons les croyances de tous, nous respectons les consciences de tous, nous respectons la valeur de la parole singulière de chacun. Nous ne pensons pas que, face à la maladie et aux souffrances, la parole exprimée aurait moins de poids, moins de consistance, moins de devoir d’être entendue et respectée. Nous ne voulons pas de parole confisquée comme nous refusons une mort confisquée.
Depuis cinq ans que vous m’avez fait l’honneur d’être le président de l’ADMD, j’ai appris que nous ne devions jamais nous plaindre des attaques et des bassesses de certains de nos opposants, même quand elles sont violentes. J’ai appris que nous ne devions pas baisser les yeux face aux certitudes péremptoires de nos contradicteurs puisque notre revendication est humaniste, qu'elle ouvre un droit mais aucune obligation, pour personne. J’ai appris que nous devions avancer, revendiquer, dire avec pédagogie ce qui nous paraissait juste. J’ai appris que nous ne devions jamais oublier que notre combat ne nous appartient pas. Celles et ceux qui m’ont appris cela sont celles et ceux pour qui nous nous battons. Eux ne se plaignent pas. Eux attendent. Eux partent, hélas !, parfois à l’étranger car nous les ignorons dans notre pays. Eux veulent être entendus et respectés. Jamais je ne pourrai oublier les paroles et les regards échangés, les promesses faites, les impatiences face à l’immobilisme parlementaire.
Cette loi à venir ne doit pas les oublier. Nous nous battrons pour cela. Sans relâche, sans faillir, sans jamais baisser la garde. Cette loi à venir ne sera pas une victoire à revendiquer, ce sera enfin une justice pour mettre fin aux regards détournés de la société quand la vie n’est devenue que de la survie.
Ne lâchons jamais !
✒️ Jonathan Denis
Président de l'ADMD

Nous ne lâcherons rien !
Le 11 octobre dernier a été un grand moment démocratique pour notre association. Lors de notre 45 e assemblée générale, au Mans, vous avez voté pour élire un nouveau conseil d’administration qui conduira la stratégie et les actions de l’ADMD pour les quatre années à venir. À titre personnel, je tiens à vous remercier pour la confiance témoignée et renouvelée. Je vous fais la même promesse qu’il y a quatre ans lorsque je suis devenu président de l’ADMD : je ne lâcherai rien pour que nous obtenions une grande loi de liberté. À mes côtés, vous trouverez une équipe engagée, prête à militer et à construire la solidarité et l’entraide que nous vous devons.
Le 11 octobre fut aussi le lendemain de la deuxième nomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre. Alors que nous avions obtenu que les deux propositions de loi sur les soins palliatifs et sur l’aide à mourir soient débattues au Sénat courant octobre, nous avons vécu une nouvelle désillusion quand le calendrier au Sénat a été révélé : les textes ne seront pas discutés aux dates promises et, hélas, il y a très peu de chance pour qu’ils le soient d’ici la fin de l’année.
C’est un véritable déni de démocratie ! Après une Convention citoyenne, une commission spéciale, une première étude à l’Assemblée nationale interrompue par la dissolution et une deuxième étude à l’Assemblée ponctuée par un vote historique en mai dernier, nous devons regarder les choses en face : les travaux entrepris depuis 2022 risquent de ne jamais se conclure avant 2027, ce qui entraînerait la mise aux oubliettes d’une loi sur l’aide à mourir.
Nous ne pouvons nous y résoudre.
Le président de la République avait déclaré que le référendum pouvait être une solution si les textes sur l’accompagnement en fin de vie devaient « s’enliser ». Nous y sommes !
Nous devons mettre Emmanuel Macron face à ses promesses et face à ses responsabilités. Soit il pèse pour accélérer le calendrier, soit il doit consulter les Français sur le sujet. Il n’y a plus le choix. Nous ne pouvons plus attendre. Nous ne lâcherons rien. Nous le devons à celles et ceux qui, face à la maladie, dans les souffrances, attendent ces lois. Le droit de mourir dans la dignité doit devenir une réalité pour tous en France. Maintenant !
Jonathan Denis
Président de l'ADMD

Le mardi 27 mai 2025 restera dans l’histoire de notre combat comme une date fondatrice. À l’unanimité, les parlementaires ont reconnu un accès universel aux soins palliatifs. Pour la première fois, l’Assemblée nationale a également voté en première lecture une loi sur l’aide à mourir. Ce vote, aussi imparfait soit-il dans le contenu du texte adopté, porte une charge symbolique immense. Il concrétise des décennies de mobilisation, de témoignages, de combats humains et politiques pour qu’enfin, en France, le droit de mourir dans la dignité soit reconnu comme une liberté fondamentale.
Ce moment, nous le devons d’abord à vous. À vous, adhérents et militants qui, au fil des années, avez porté la voix de celles et ceux que la souffrance condamne à une fin de vie inacceptable. Votre soutien, votre fidélité, votre engagement, votre détermination sans relâche ont rendu ce vote possible. Ce vote historique est aussi le vôtre.
Il ne s’agit pourtant pas d’une victoire totale. Le texte voté reste en deçà de nos espérances.
Les critères d’accès à l’aide à mourir sont encore trop restrictifs, l’autonomie réelle des patients trop encadrée, et l’absence d’une reconnaissance d’une demande d’aide active à mourir dans le cadre de directives anticipées crée une insécurité qui fragilise le principe même de liberté. Nous ne sommes pas encore à la hauteur des législations adoptées par certains de nos voisins depuis plus de 20 ans. Mais nous avons franchi un pas indéniable. Refuser la poursuite du débat autour de ce texte serait un déni démocratique mais il nous faut rester sur nos gardes.
Car ce vote n’est pas un aboutissement : c’est une étape. La première d’un marathon législatif qui verra le texte débattu au Sénat, amendé, réécrit, renvoyé à l’Assemblée. Il faudra tenir bon, garder le cap, défendre sans relâche les valeurs de dignité, d’accompagnement fraternel, de liberté de conscience et d’égalité d’accès sans qu’une demande exprimée ne se transforme en parcours du combattant pour celle ou celui qui en aurait fait le choix.
L’ADMD sera au rendez-vous, comme elle l’a toujours été depuis 45 ans. Elle portera vos voix, vos espoirs, votre exigence. Ce combat pour une fin de vie libre et choisie ne fait que commencer. Mais ce 27 mai 2025, pour la première fois, la République a reconnu qu’elle ne pouvait plus détourner le regard.
À toutes et tous, merci. Continuons ensemble.
Jonathan Denis
Président de l'ADMD

EDITORIAL
Le déni de démocratie.
Des tergiversations d’Emmanuel Macron sur un projet de loi moultes fois reporté après avoir réuni une convention citoyenne sur la fin de vie, à une dissolution arrêtant brutalement les discussions à l’Assemblée nationale alors que nous étions à seulement neuf jours d’un vote historique, puis une censure du Gouvernement de Michel Barnier annulant le calendrier qui prévoyait une reprise de ce texte début février, nous pensions avoir tout connu en deux ans.
C’était sans compter l’irruption d’un nouveau Premier ministre, en la personne de François Bayrou, qui décide de mentir sur les législations étrangères, de faire passer ses croyances personnelles avant les demandes exprimées par la société et d’annoncer un beau matin que tout le travail démocratique fait sur l’accompagnement en fin de vie devait être revu. Un coup de main à tous les opposants à l’aide active à mourir qui usent depuis des années des mêmes stratagèmes et un véritable déni de démocratie.
En affirmant qu’il va scinder le texte sur la fin de vie pour opposer artificiellement les soins palliatifs au suicide assisté et à l’euthanasie, François Bayrou renie les convictions de son propre groupe politique et fait le jeu de certains représentants de soins palliatifs qui refusent de voir dans l’aide à mourir un soin ultime comme le revendiquent pourtant les médecins dans les pays qui refusent de voir dans l’aide à mourir un soin ultime comme le revendiquent pourtant les médecins dans les pays qui ont légiféré bien avant nous, comme l’affirment avec fraternité les soignants en Belgique qui accompagnent des Français condamnés à franchir la frontière pour être respectés dans leurs choix.
François Bayrou voulait diviser celles et ceux qui souhaitent à la fois la légalisation de l’aide à mourir et l’accès à des soins palliatifs partout et pour tous. Objectif raté, puisqu’une majorité de parlementaires et de militants pour le droit de mourir dans la dignité lui ont signifié qu’il se trompait lourdement.
Ne sachant plus à quel saint se vouer, le Premier ministre, après avoir voulu laisser la main au Parlement pour reprendre les discussions arrêtées en juin 2024, puis après avoir fait marche arrière, souhaite maintenant que les deux textes soient étudiés en même temps et votés le même jour.
Le sujet de la fin de vie mérite de l’écoute, du sérieux, du respect. Nous ne les percevons pas aujourd’hui de sa part. Et pendant ce temps-là, les Français ne peuvent toujours pas décider pour eux-mêmes. Nous ne lâcherons rien pour que ce texte, unique, soit voté le plus rapidement possible.
Jonathan Denis
Président

Nous avons vécu de grands instants lors de notre assemblée générale,fin septembre, à Toulouse.
Instant démocratique avec la reconnaissance, par une immense majorité des adhérents de notre association, du travail effectué par le conseil d’administration, par les délégués et par les différentes commissions (Jeunes, Soignants, juridique, ADMD Écoute, comité culturel, représentation des usagers du système de santé). Je voudrais ici sincèrement vous remercier pour votre confiance renouvelée et pour votre soutien de chaque instant. Vous êtes la force de notre association et vous portez l’ADMD dans chacune de ses paroles, dans chacun de ses actes.
Instant politique très attendu avec l’affirmation de notre exigence pour la reprise immédiate de l’étude du texte sur l’accompagnement en fin de vie déposé par le député Olivier Falorni et qui reprend, in extenso, le projet de loi amendé et brutalement arrêté dans ses discussions par la dissolution du 9 juin dernier. Nous avons également entendu les paroles fortes de représentants de la société civile et les engagements des parlementaires présents. Je l’écris une nouvelle fois : nous n’attendons pas du Premier ministre qu’il accepte de « reprendre le dialogue » en début d’année prochaine. Nous exigeons que les parlementaires puissent poursuivre, tout de suite, le travail interrompu dans la précédente législature sur les soins palliatifs et d’accompagnement, sur les droits des malades et sur l’aide active à mourir.
Ces six mois perdus sur les discussions autour de la fin de vie, ce sont des mois volés à celles et ceux qui, face à la maladie et aux souffrances, n’en peuvent plus.
Instant d’hommage et de recueillement enfin, avec le souvenir du témoignage de Loïc Résibois, militant pour le droit de mourir dans la dignité, atteint de la maladie de Charcot, qui nous a quittés en septembre dernier. Et au-delà de Loïc, nos pensées se sont tournées vers toutes celles et tous ceux qui n’ont pu être accompagnés comme ils le souhaitaient en France et qui, parfois, ont été obligés de partir à l’étranger pour être entendus dans leurs souffrances. Nous ne lâcherons rien. Nous leur devons. Nous vous le devons. Et ainsi, nous pourrons vivre un grand instant : celui du vote d’une loi humaniste et républicaine dans l’accompagnement en fin de vie.
Jonathan Denis
Président de l'ADMD


