Un témoignage inédit sur ce que vivent les proches - Catherine Siguret et Bettina Ferdman
Un témoignage inédit sur ce que vivent les proches de Catherine Siguret et Bettina Ferdman aux Editions de l'Observatoire | avril 2026
Le livre de Bettina Ferdman, accompagnée par Catherine Siguret, nous bouscule sur un sujet peu abordé. Lorsqu’un proche décide d’effectuer la démarche concernant un suicide assisté se questionne-t-il sur les répercussions que vivra son entourage ? Ainsi l’auteure témoigne de deux traumatismes liés à son père et à sa mère, tous deux ayant demandé, en Suisse – leur pays d’origine - un suicide assisté.
« Je suis morte le jour où mon père est mort ». La brutalité de l’annonce un vendredi soir. Un père qui lance une invitation « seras-tu disponible lundi ? Je fais EXIT, - Association qui gère, avec d’autres, le protocole du suicide assisté -, j’aimerais bien que tu sois là ». Cet homme tant aimé, ayant subit de nombreuses opérations en raison d’une polypathologie cardiaque, informe de façon abrupte, sa famille. Les jours précédant l’acte s’égrainent Tic tac…. l’auteure s’enfonce dans un séisme de pensées contradictoires. Tic tac, se décider…. Tic tac elle a de nouveau quatre ans, il s’agit de son papa… qui lui demande de l’assister, d’être là. Elle n’a pas été préparée à cela, ce sujet n’a jamais été abordé, elle n’a pas eu le temps pour comprendre, du temps encore Tic tac... Le choix du père est intégré mais inaudible. Bettina est une femme qui fait « bouillir la marmite », qui gère une fondation importante, elle est mère d’une petite fille de quatre ans ; soudain cet univers rassurant, construit auprès de son compagnon, se fissure dans une situation subite d’orpheline et de découverte du droit à mourir. « Ce choix de l’ordre de l’intime n’est pas une réunion de copropriété, la famille n’a pas à être d’accord » réalise-t-elle trop tard puisque les choses s’organiseront sans elle. Avant de partir, elle a sûrement dit « je t’aime » à ce père indispensable avec le sentiment de vivre un cauchemar.
Le père était ce compagnon de route fertile en aventures qui la tirait vers le haut, la mère une femme toxique tendue vers une forme de rivalité féminine. Une année après la mort de son mari, confrontée à un cancer du sein, elle parlera à son tour de suicide « moi aussi je ferai Exit » Et malgré les blessures éducatives infligées à sa fille, elle demandera : « tu seras là ? » La mère ne reparlera de ce choix potentiel que dix sept ans plus tard alors confrontée à la maladie de Charcot, et de nouveau « tu seras là ? » Cette fois, l’auteure répondra présente. Pour Bettina, le choix d’Exit semblait acté par sa mère après tant de discussions, pourtant cette possibilité ne sera plus jamais abordée par la malade ; elle ne voulait plus mourir malgré les dommages au corps. Sa fille, pour sa part, sera confrontée à un « Exit blues » face à une mère qui avait théorisé sa fin mais dont le cheminement final la portera à mourir chez elle. Le cœur de la mère bat... Comment reprendre le cours de son histoire personnelle après avoir vécu l’expérience d’un père trouvant la force de mettre un terme, presque en secret, à ses souffrances et à une mère de les endurer en associant ses proches vers un processus jamais utilisé.
Pour conclure, l’auteure a réalisé que ce choix de mourir – choix à disposer de sa vie qu’elle soutient - est comme « une goutte qui tombe dans l’eau : il atteint par cercles concentriques l’ensemble des proches »
Ce dernier choix est-il un impensé pour l’enfant tapi en nous ?
✒️ Nadja Csomor

